Il y a Monsieur Z constamment en retard à ses rendez-vous, qui inventait des accidents de travail (tous refusés par la sécu) pour se venger de son employeur, qui a fini par demander son dossier tellement je lui ai fait sentir ma désapprobation quant à son attitude. Il est allé embêter un autre confrère.

Il y a Madame A à qui j’ai dit pour la toute première fois « Nous ne ferons pas du bon travail ensemble ». Le genre de personne jamais contente de rien, qui, à 19h00, insultait le secrétariat car elle ne pouvait pas avoir le rendez-vous de 19h15 pour son rhume et qui allait jusqu’à me reprocher mes mains abîmées par les lavages réguliers au savon.

Il y a Monsieur B que je suivais depuis 3 ans qui préfère quand-même voir mon associée car elle prend la carte bancaire, c’est mieux.

Il y a Madame J qui vient toutes les semaines depuis 3 mois, pour des broutilles. Qui veut toujours être rassurée.
Ça a commencé le jour de sa fausse couche.

Il y a Madame Y qui vient tous les 2 mois et qui ne comprend pas ce que sont ses bouffées de chaleur qui la prennent de temps en temps avec cette impression, qu’elle ne contrôle pas, qu’elle a peur de tout.
Elle veut qu’on lui fasse des examens, plein. On lui en a fait, plein. Tous normaux.
Ça a commencé à la découverte du cancer de son fils.

Il y a Monsieur D qui ne vient pas souvent me voir, et qui fait le dur, le fort, alors que je sais très bien qu’il a peur, qu’il est terrorisé même, depuis la découverte de son cancer du poumon.

Il y a Robert qui revient me voir régulièrement car je suis le seul médecin qui lui inspire confiance.

Il y a Mlle G qui m’aime beaucoup depuis qu’à l’âge de 12 ans j’ai fait le diagnostic d’appendicite sur ses douleurs de ventre et qu’elle a été opérée en urgence.
Elle pense que je lui ai sauvé la vie.

Il y a la jeune Mlle D 15 ans qui est venue me voir un soir car elle venait de découvrir qu’elle était enceinte de son petit ami malgré sa contraception. Elle ne voulait pas le garder. Je n’ai fait que la conseiller, lui donner le premier certificat, et l’adresser au bon endroit. Tout s’est bien passé. Le drame familial a été évité. Elle est revenue juste pour me remercier

Et il y a Madame H qui a fini par quitter son mari violent sur mes conseils et qui est venue toute fière m’annoncer qu’elle avait repris son nom de jeune fille.

—-

Il y a les patients qui ne viennent pas à leur rendez-vous parce qu’il pleut.

Mais il y a aussi ceux qui reviennent avec une bouteille de Porto (<3)

Au final, ça compense.

Publié dans Médecine, Mes petites histoires.

2 Commentaires

  1. c’est cette diversité de caractères qui fait la richesse (morale :-)) de la profession par un mécanisme un brin complexe, on s’attache même aux enquiquineurs (sauf les graves) il doit falloir une dose de masochisme pour être médecin

  2. Très beau billet, qui pourrait en inspirer d’autres 🙂

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